
La visite du ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, au Canada a abouti au lancement d’un partenariat canado-libanais visant à soutenir la sécurité du Liban et à renforcer les capacités de ses institutions nationales. Cette initiative fait suite à ses entretiens avec la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, qui se sont tenus à Ottawa le vendredi 6 novembre 2026.
Cette visite intervient à un moment particulièrement délicat pour le Liban, confronté à des défis sécuritaires, politiques et économiques, ainsi qu’à des efforts gouvernementaux visant à renforcer les capacités de l’armée libanaise, à faire face aux conséquences du conflit dans le Sud et à mobiliser un soutien international permettant à l’État d’étendre son autorité et de protéger son territoire.

Un partenariat canado-libanais pour renforcer la sécurité du Liban
Le lancement du « Partenariat canado-libanais pour la sécurité et la résilience » constitue l’un des principaux résultats de cette rencontre. Celui-ci prévoit plusieurs initiatives concrètes, notamment la formation des forces spéciales de l’armée libanaise aux techniques de reconnaissance et à la formation de formateurs, ainsi que le soutien à la réconciliation et au dialogue intergénérationnel, la réduction des risques liés aux munitions non explosées et l’amélioration de la gestion des armes et des munitions.

Les deux pays ont également convenu d’organiser un dialogue annuel entre hauts responsables afin de suivre la mise en œuvre des différents volets de coopération et d’identifier de nouveaux domaines de partenariat.
Cette coopération traduit une volonté de conjuguer le soutien militaire et le renforcement de la stabilité sociale. La gestion des conséquences des conflits armés constitue notamment une étape essentielle pour permettre aux populations de regagner leurs régions et de retrouver une vie normale.
Cette initiative revêt une importance supplémentaire dans le contexte des discussions entourant la prochaine phase de la présence de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), dont les effectifs doivent être réduits, ce qui exige une préparation accrue des institutions libanaises, particulièrement de l’armée, afin qu’elles puissent assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité et de stabilité dans le Sud.
Un soutien canadien fondé sur une coopération déjà établie
Ce nouveau partenariat ne part pas de zéro. Depuis 2016, le Canada a déjà contribué à la formation de plus de 2 500 membres de l’armée libanaise.
À travers ces initiatives, Ottawa entend soutenir les institutions nationales libanaises, protéger les civils et contribuer au rétablissement après les conflits.
Le Canada et le Liban entretiennent également des liens familiaux, économiques et diplomatiques étroits, notamment grâce à l’importante communauté libanaise établie au Canada. La stabilité du Liban revêt ainsi une importance humaine, sociale et politique pour les deux pays.
Souveraineté libanaise et monopole des armes par l’État
Dans le cadre de ses rencontres à Ottawa, le ministre Raggi s’est entretenu avec le président du Sénat canadien, Raymond Gagné, ainsi qu’avec plusieurs ambassadeurs arabes.
Au cours de ces échanges, il a insisté sur l’importance de soutenir l’armée libanaise, de mettre fin à l’occupation israélienne et aux agressions, ainsi que de placer l’ensemble des armes sous l’autorité de l’État libanais.
Il a également souligné l’importance de privilégier la voie des négociations pour résoudre le conflit, précisant que l’accord-cadre avec Israël ouvre la voie à de futures négociations.
Ces positions reflètent l’orientation du gouvernement libanais visant à consolider la souveraineté de l’État sur l’ensemble de son territoire et à renforcer le rôle des institutions légitimes dans le maintien de la sécurité, tout en poursuivant les efforts diplomatiques destinés à protéger les frontières et à préserver la souveraineté nationale.
Le Liban cherche à obtenir le soutien du G7
Parmi les principaux dossiers abordés lors de cette visite figure la volonté du Liban de tirer parti de la participation du Canada au Groupe des Sept (G7).
À cet égard, Youssef Raggi a demandé à son homologue canadienne de proposer un programme d’aide coordonné en faveur du Liban, ainsi que l’adoption d’une déclaration soutenant sa souveraineté lors de la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, prévue à Paris.
Cette démarche vise à élargir le soutien international au Liban au-delà du cadre des relations bilatérales avec le Canada, afin de mobiliser des contributions internationales mieux coordonnées et davantage adaptées aux besoins du pays.
Des vols directs entre le Canada et le Liban
Les discussions n’ont pas porté uniquement sur les enjeux sécuritaires et diplomatiques. Plusieurs questions touchant directement les citoyens et les familles libanaises et canadiennes ont également été abordées.
Le ministre libanais des Affaires étrangères a ainsi discuté avec le ministre canadien des Transports, Steven MacKinnon, de la possibilité d’établir des vols directs entre les deux pays. Les deux parties ont convenu de poursuivre la coordination et les démarches auprès des autorités compétentes afin d’étudier cette possibilité.
La concrétisation de ce projet pourrait faciliter les déplacements et les visites familiales, tout en renforçant les relations commerciales, économiques et touristiques entre le Liban et le Canada.
L’agenda du ministre comprenait également des rencontres avec le président de la Chambre des communes du Canada, Francis Scarpaleggia, ainsi qu’avec la ministre de l’Immigration, Lena Metlege Diab, dans le cadre des efforts visant à élargir les échanges avec les institutions canadiennes et à présenter les enjeux libanais aux autorités concernées.
Une visite aux dimensions politiques et humaines
Les résultats de la visite du ministre libanais des Affaires étrangères au Canada témoignent d’une volonté de bâtir une coopération dépassant le cadre diplomatique traditionnel, en intégrant le soutien aux institutions sécuritaires, la protection des civils, le renforcement de la stabilité et l’élargissement du réseau de relations internationales du Liban.
Entre la coopération militaire, les démarches auprès du G7 et le projet de vols directs entre les deux pays, cette visite constitue une étape importante dans l’évolution des relations canado-libanaises.
Le principal défi demeure toutefois la traduction des ententes et des engagements en mesures concrètes, susceptibles d’améliorer les capacités de l’État libanais et de ses institutions, tout en renforçant la sécurité des citoyens et la stabilité des communautés touchées par les conflits.
Car le véritable acquis pour le Liban ne réside pas uniquement dans l’obtention d’un soutien international, mais surtout dans sa capacité à mettre ce soutien au service du renforcement de ses institutions, de la consolidation de sa souveraineté et de l’amélioration des conditions de vie de sa population.
Up And Down Beirut