Ce que coûtent nos ordures

La gestion des matières résiduelles coûte de plus en plus cher dans la province. Les tarifs des centres de tri ont presque doublé en 2025 par rapport à l’année précédente, et, dans les municipalités, les sommes allouées à la collecte et au traitement des matières résiduelles sont aussi en forte hausse, ce qui se répercute sur le portefeuille des citoyens.

Pour inverser cette tendance, bon nombre de municipalités tentent d’inciter la population à agir autrement pour limiter les quantités de déchets enfouis… et les dépenses associées à leur gestion.

C’est le cas notamment à la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles (RITMR) des MRC de La Matapédia et de La Mitis, qui couvre 34 municipalités du Bas-Saint-Laurent.

Depuis janvier 2026, la RITMR a choisi d’adopter un principe d’utilisateur-payeur. Ainsi, les citoyens qui jettent une quantité de déchets supérieure à un bac toutes les trois semaines doivent payer entre 100 $ et 300 $ supplémentaires par année pour le service de collecte, ce qui a incité bon nombre de citoyens à être plus consciencieux dans le tri de leurs déchets.

Des bacs brun, noir et bleu sur le bord de la rue.

Plusieurs municipalités tentent de mettre en place des mesures incitatives afin que les citoyens et les entreprises trient efficacement leurs matières résiduelles. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Beaucoup de gens ont découvert que ce qu’ils mettent à la poubelle, c’est peut-être finalement recyclable, récupérable ou compostable, explique le directeur général de l’organisation, Vincent Dufour.

Résultat de cette mesure : la quantité de déchets envoyés au site d’enfouissement a diminué de 767 tonnes entre septembre 2025 et août 2026, une baisse de 6 % par rapport à l’année précédente. Selon M. Dufour, cela représente des économies d’environ 150 000 $ en coûts d’enfouissement.

C’est probablement une des actions qu’on a faites qui a eu le plus d’impact, estime le gestionnaire.

Quand on parle d’environnement, tout le monde est d’accord, mais après ça, quand ça touche au portefeuille, tout le monde est prêt à passer à l’action.

Une citation de Vincent Dufour, dg de la RITMR des MRC de La Matapédia et de La Mitis

Une autre mesure maintenant bien implantée dans bon nombre de municipalités est d’espacer les collectes pour limiter les coûts de transport. Ainsi, le bac noir peut par exemple être vidé toutes les deux à trois semaines, voire tous les mois, une formule à laquelle certains citoyens sont cependant réfractaires.

Pourtant, c’est une économie qui est directe, les gens peuvent voir la différence sur leur compte de taxes, fait valoir le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, qui explique que cette façon de faire permet de faire des économies importantes en matière de transport.

En plus de l’espacement des collectes des bacs des citoyens, dans certaines municipalités, les industries, commerces et institutions (ICI) reçoivent maintenant une facture en fonction de la grosseur de leur conteneur, du volume de déchets et de la fréquence des collectes, ce qui a aussi incité les commerçants à s’ajuster.

On a des restaurants qui ont beaucoup plus de vaisselle lavable, qui ont beaucoup plus de contenants compostables pour limiter au maximum les quantités de déchets qu’ils génèrent et pour limiter les coûts, rapporte le directeur de la RITMR.

À Terrebonne, la Ville est même allée jusqu’à interdire l’utilisation d’objets à usage unique dans les restaurants, ce qui a permis de réduire de 60 % des déchets provenant du secteur de la restauration.

Des ordures qui coûtent cher

Le coût de la gestion des matières résiduelles pour les municipalités a augmenté de 60,2 % entre 2014 et 2023, selon un rapport publié en avril 2026 par l’Union des municipalités du Québec (UMQ). Cette progression est nettement supérieure à celle des dépenses totales des municipalités, qui ont connu une hausse de 42,3 % pendant la même période, indique le rapport.

Le poste budgétaire de la gestion des matières résiduelles peut parfois représenter jusqu’à 10 % du budget total des municipalités rurales, indique le président de la FQM, Jacques Demers. Ça fait partie de nos principales dépenses, dit-il.

Pour plusieurs [MRC et municipalités] on parle d’une augmentation, dans les trois dernières années, de plus de 100 %.

Une citation de Jacques Demers, président de la FQM

À Rivière-du-Loup par exemple – une ville d’un peu plus de 20 000 habitants –, les coûts associés à la gestion des déchets sont passés de 2,5 millions de dollars en 2016 à 4,5 millions en 2025. Cette hausse s’est aussi répercutée dans les comptes de taxes des Louperivois, pour lesquels la facture reliée aux matières résiduelles a augmenté de 42 % pendant cette même période, même si les quantités de déchets – et la population – sont restées relativement stables.

Des ordures pour le compostage.

Les coûts d’opération sont plus chers, les coûts de carburant sont plus chers. On doit faire des suivis environnementaux […] traiter le lixiviat, ça aussi c’est un coût important, explique le chef de la division environnement à la Ville de Rivière-du-Loup, Jean-Bernard Ouellet.

La Ville vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle espacera la collecte des déchets dans le but d’inciter la population à mieux trier.

Le poids de 7500 éléphants sur 36 terrains de soccer

Rivière-du-Loup tente également de sensibiliser la population à l’impact des déchets qui ne sont pas revalorisés.

Dans une vidéo, elle rappelle que son LET a une superficie de 260 000 mètres carrés – l’équivalent de 36 terrains de soccer – reçoit plus de 45 000 tonnes de déchets chaque année – l’équivalent du poids de 7500 éléphants adultes – et que la profondeur des déchets peut atteindre jusqu’à 20 mètres.

Pour optimiser le site et pouvoir y enfouir davantage de déchets, 8,1 millions de dollars seront investis en 2027, mais la Ville prévoit qu’en 2030, une nouvelle superficie d’enfouissement de 200 000 mètres carrés devra être aménagée, ce qui coûtera au minimum 12 millions de dollars.

Ces grands territoires-là sont pris et sont finis pour la suite, déplore Jacques Demers.

Ces lieux d’enfouissement peuvent également causer des problèmes des décennies plus tard, comme c’est le cas à Rimouski, où les contribuables doivent payer 40 millions de dollars pour stopper l’écoulement du lixiviat provenant d’un ancien dépotoir dans une rivière à saumon.

Une pancarte.

L’ancien dépotoir de Rimouski avait été aménagé dans les années 80 selon les normes de l’époque.

D’où l’importance de produire moins de déchets ou, à tout le moins, de mieux les trier pour réutiliser les matières, insiste Jean-Bernard Ouellet.

Si on envoie des matières au recyclage, ça ne coûte rien à la Ville, donc, ultimement, au citoyen. […] Pour ce qui est des matières organiques, à Rivière-du-Loup, c’est un taux par habitant. Donc que tu envoies une tonne ou cinq tonnes, ça coûte le même prix, explique-t-il.

Outre ce que font les villes, le nouveau gouvernement pourrait-il changer la donne? Dans son plan environnemental présenté en campagne électorale, le Parti québécois a promis de miser davantage sur l’économie circulaire et de doubler l’indice de circularité de l’économie au cours de son premier mandat. Pour y arriver, le PQ compte favoriser la conception de produits plus durables, la réparation des biens, et la valorisation des matières résiduelles.

Reste à savoir si ces promesses, maintenant que la campagne électorale est terminée, se concrétiseront ou prendront, à l’instar de bon nombre de matières réutilisables, le chemin des poubelles.

شاهد أيضاً

عصر العواصف الحرارية… نتائج تحقيق أجرته “رويترز” عن موجات الحر فائقة الشدة

تحولت موجات الحر من ظواهر متفرقة ومعزولة إلى تغيرات جوية شديدة ومتتابعة يمكن أن تغطي …