Dhafer Youssef envoûte le Théâtre Maisonneuve : un cri musical pour la paix, la liberté et les âmes blessées

Par Rita Wakim .Montréal
Dans le cadre de la 45ᵉ édition du Festival International de Jazz de Montréal, Dhafer Youssef a offert un moment suspendu dans le temps au Théâtre Maisonneuve, là où la musique devient plus qu’un langage – un souffle sacré, une prière venue d’ailleurs.

Il entre en scène tel un derviche contemporain : chapeau vissé sur la tête, lunettes noires masquant la tempête intérieure, salopette légère et oud entre les bras comme une extension de son propre corps. Ce n’est pas un simple concert que l’artiste tunisien offre, mais une expérience mystique, un voyage intérieur vers les confins du divin, du désespoir et de la beauté.

Sa voix, à la fois fragile et céleste, s’élève dans des envolées qui transcendent les frontières de la langue. Elle plane dans les hauteurs de l’émotion pure, flirte avec le silence, explose par instants en incantations soufies où l’on sent battre le cœur des poètes anciens. À chaque note, il semble invoquer les esprits de la mémoire, de l’exil et de la paix.

Son oud, cet instrument millénaire, devient entre ses doigts un vaisseau cosmique. Il n’en joue pas : il le fait respirer. Il le caresse, le percute, le fait parler en mille dialectes oubliés. Les accords sont tantôt tendres, tantôt orageux, dessinant une mer intérieure où se reflètent les douleurs du monde et les espoirs de ceux qui résistent encore.

Par moments, l’on croit entendre l’ombre de Nusrat Fateh Ali Khan, maître du qawwali et légende du soufisme musical, planer dans la salle. Comme lui, Dhafer Youssef ne chante pas : il invoque, il élève. Il transforme chaque soupir en offrande. Il ne divertit pas – il guérit.

Entre deux morceaux, quelques mots sobres, mais lourds de sens : « Salam Alaikum. Peace be upon you. » Et puis, sans détour, l’artiste évoque les souffrances des enfants de Gaza, déplore la faim, l’indifférence, l’abandon. Il parle d’un peuple libre, debout dans la douleur, qu’il n’a pas oublié. Dans un murmure, il confie :

« J’espère qu’on ne regrettera pas un jour de ne pas les avoir aidés. »

La salle écoute, émue, bouleversée. Car chez Dhafer Youssef, l’engagement n’est jamais crié – il est soufflé dans le creux de l’âme, comme une vérité que seule la musique peut exprimer sans trahir.

Il termine le concert dans un moment de grâce brute, sa voix mêlée à l’écho des cordes, comme si le théâtre entier devenait un sanctuaire. Ce n’est plus un homme sur scène. C’est une vibration. Un cri muet pour les oubliés. Un chant de lumière contre la nuit du monde.

Dhafer Youssef n’a pas seulement donné un concert. Il a rappelé à chacun pourquoi la musique est sacrée : parce qu’elle appartient à tous, et à personne. Parce qu’elle est le dernier refuge quand les mots ne suffisent plus. Un artiste soufi exceptionnel dans la lignée des maîtres mystiques, dont la musique continue d’éclairer les consciences.

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