
Le 21 septembre 2026, la Délégation de l’Union européenne au Liban et la Fondation Samir Kassir ont annoncé les résultats de la 21e édition du Prix Samir Kassir pour la liberté de la presse, lors d’une cérémonie organisée dans les jardins du Palais Sursock, à Beyrouth. Créé et financé par l’Union européenne, ce prix est reconnu à l’échelle internationale comme une distinction majeure en matière de liberté de la presse et comme la récompense journalistique la plus prestigieuse au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans le Golfe. Depuis 2006, la cérémonie se tient chaque année pour commémorer l’assassinat du journaliste libanais Samir Kassir, le 2 juin 2005 à Beyrouth, et célébrer sa vie, ses valeurs et son combat intellectuel et professionnel.
Le Prix Samir Kassir est ouvert aux journalistes professionnels originaires de 18 pays d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et du Golfe. Cette année, 300 journalistes ont participé au concours, en provenance d’Algérie, d’Égypte, d’Irak, de Jordanie, du Liban, de Libye, du Maroc, de Palestine, de Syrie, de Tunisie et du Yémen. Les candidatures se répartissent entre 66 articles d’opinion, 194 articles d’investigation et 40 reportages audiovisuels d’information. Le lauréat de chaque catégorie reçoit une récompense de 10 000 €, tandis que chaque finaliste reçoit 1 000 €.
Les lauréats du Prix Samir Kassir 2026 sont :
- Catégorie Article d’opinion (lauréat ex æquo) : Ahmad Al-Agha (Palestine), né en 1989, pour son article intitulé « La tente », publié sur Raseef22 le 23 février 2026. À travers l’expérience du déplacement forcé à Gaza, l’article montre comment un foyer est devenu une tente identifiée par un numéro pour la distribution de l’aide et comment le déplacement prolongé a privé les Palestiniens de stabilité, d’intimité et du sentiment d’appartenance.
- Catégorie Article d’opinion (lauréate ex æquo) : Fatima Ahmad (Syrie), née en 1988, pour son article intitulé « Graines de haine, moisson de blessures », publié sur Sot-Sy le 8 octobre 2025. L’article examine comment la langue et les identités multiples deviennent des prétextes à l’accusation de trahison et à l’exclusion. Il met en garde contre la perpétuation des discours de haine pendant la transition politique en Syrie et appelle à une éducation au respect de la diversité et au dialogue pour protéger le pluralisme et la paix civile.
- Catégorie Article d’investigation (lauréate ex æquo) : Mariya Talal Al-Samarrai (Irak), née en 2003, pour son enquête intitulée « Ne buvez pas d’eau avant de sortir… À la recherche de toilettes pour femmes en Irak », publiée sur Jummar le 20 novembre 2025. À travers les témoignages d’Irakiennes dans les écoles, les universités et les lieux de travail, l’enquête montre comment l’absence de toilettes sûres et propres les prive de droits élémentaires à la santé, à l’intimité et à la dignité, et restreint leurs possibilités d’étudier et de travailler dans une société dont les infrastructures et les mentalités négligent leurs besoins.
- Catégorie Article d’investigation (lauréats ex æquo) : Ali Al-Ibrahim, né en 1988, et Mais Katt, née en 1980 (Syrie), pour leur enquête intitulée « Les enfants volés de Syrie », publiée le 11 septembre 2025 par l’Unité syrienne de journalisme d’investigation (SIRAJ), en collaboration avec Lighthouse Reports, The Observer, BBC Eye, Der Spiegel, Trouw, Women Who Won the War, Sowt et Al-Jumhuriya. L’enquête révèle comment le régime d’Assad a dissimulé des centaines d’enfants de détenus dans des foyers d’accueil, avec la participation d’institutions publiques et la complicité ou l’inaction d’organisations internationales de protection de l’enfance, alors que le sort de nombre de ces enfants demeure inconnu. Ali Al-Ibrahim reçoit le Prix Samir Kassir pour la deuxième fois, après une première victoire en 2019.
- Catégorie Reportage audiovisuel d’information : Antoni Barakat (Liban), né en 1998, pour son reportage intitulé « Les deux prisons de Roumieh », diffusé sur Naqd Media le 31 août 2025. Ce reportage dévoile les inégalités de classe, la corruption et les privilèges qui façonnent la vie dans la prison de Roumieh, au Liban, ainsi que les dangers liés à la présence d’un quartier pour mineurs au sein d’un établissement pénitentiaire pour adultes. Antoni Barakat a également remporté le Prix des étudiants, une distinction spéciale décernée par un jury d’étudiants en journalisme et en communication issus d’universités libanaises.
Lors de la cérémonie, l’ambassadrice de l’Union européenne au Liban, Sandra De Waele, a déclaré : « Depuis vingt et un ans, le Prix Samir Kassir témoigne de l’engagement constant de l’Union européenne en faveur de la liberté de la presse. Un engagement qui va bien au-delà des frontières de l’Europe et que nous portons avec la même conviction ici, dans cette région, comme partout dans le monde. Parce que la liberté de la presse est essentielle. Elle permet aux citoyens d’être informés, de comprendre les décisions prises en leur nom et de demander des comptes à ceux qui exercent le pouvoir. Elle est l’un des fondements de toute société libre et démocratique. »
Malek Mrowa, président de la Fondation Samir Kassir, a ajouté : « Les journalistes de cette région ont besoin d’un espace qui mette leur travail en lumière, protège leurs valeurs professionnelles et permette à leurs récits de franchir les frontières. Ce prix a créé l’occasion d’une rencontre annuelle qui va au-delà de la remise des distinctions. Il est devenu un rendez-vous pour un journalisme qui fait de la liberté une identité commune, de la rigueur une prise de position et de l’indépendance une condition de la confiance. »
Un jury indépendant composé de sept membres issus de pays arabes et d’États membres de l’Union européenne a sélectionné les lauréats. Le jury de cette année comprenait Alex Rowell (Royaume-Uni), auteur et rédacteur au magazine New Lines et représentant de la Fondation Samir Kassir au sein du jury ; Hanene Zbiss (Tunisie), journaliste d’investigation, vice-présidente du Conseil de la presse tunisien et lauréate du Prix Samir Kassir pour la liberté de la presse en 2014 ; Daisy Mohr (Pays-Bas), correspondante au Moyen-Orient pour le radiodiffuseur public néerlandais NOS ; Aida Al-Kaisy (Irak), fondatrice et rédactrice en chef de la plateforme irakienne Jummar ; Farea Al-Muslimi (Yémen), chercheur associé à Chatham House et fondateur du Centre de Sanaa pour les études stratégiques ; Monika Borgmann (Allemagne), cinéaste et directrice d’UMAM ; et Nabil Wakim (France), journaliste au Monde.
Pour plus d’informations sur l’édition 2026 du Prix Samir Kassir pour la liberté de la presse, les articles et le reportage primés, ainsi que les biographies et les œuvres des lauréats des années précédentes, veuillez consulter le site : www.samirkassiraward.org
La cérémonie a été retransmise en direct sur la chaîne Lebanese Broadcasting Corporation International (LBCI) et suivie par des milliers de personnes à travers la région sur le réseau local de LBCI, ses chaînes satellitaires dans le monde et les comptes du Prix Samir Kassir sur les réseaux sociaux. La cérémonie a été présentée par la journaliste Petra Abou Haidar.
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