Mark Carney en Europe : « pas membre associé, mais partenaires fiables »

Ottawa souhaite accélérer les négociations avec l’Union européenne (UE) dans le but d’établir « un nouveau partenariat approfondi, sur plusieurs fronts », sur les plans économique et numérique ainsi qu’en matière de défense, selon les informations recueillies par Radio-Canada.

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, s’envole mardi pour l’Europe. Il doit prononcer un discours devant le Parlement européen, jeudi, afin d’étaler sa vision de cette nouvelle alliance.

L’idée de devenir un membre associé de l’UE, telle que soulevée par le Wall Street Journal, va un peu loin, confie une source gouvernementale. On parle plutôt d’un partenariat plus étroit, stable et fiable.

Ottawa veut créer un élan, avec des rencontres plus directes et régulières (mensuelles ou trimestrielles), afin de faire avancer rapidement les dossiers stratégiques.

Le Parlement européen, de son côté, vient d’annoncer qu’il allait ouvrir un bureau satellite à Ottawa.

C’est possible de se coordonner dans plusieurs dossiers sans faire partie officiellement de l’UE, indique cette source.

L’objectif, ajoute Ottawa, n’est pas de se détourner complètement du marché américain ni de tout mettre ses œufs dans le panier européen.

On ne veut pas limiter notre souveraineté en devenant le 28e État européen. On veut l’augmenter en diversifiant nos partenaires.

Une citation de Une source gouvernementale

Un câble transatlantique

L’Europe et le Canada travaillent activement à placer leurs communications transatlantiques à l’abri d’une possible ingérence américaine.

Les discussions progressent sur l’établissement de connexions directes et sécurisées par fibre optique, afin de contourner à la fois les États-Unis et les points de passage maritimes stratégiques.

Quand on communique entre le Canada et l’Europe, on passe par les États-Unis, souligne Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

En ce moment, quatre des cinq liaisons sous-marines qui permettent au Canada de communiquer avec l’Asie ou l’Europe appartiennent à des entreprises américaines, comme Alphabet (la maison mère de Google) ou EXA Infrastructure.

La cinquième liaison entre le Canada et le continent européen est gérée par l’entreprise groenlandaise Tusass.

C’est un risque en matière de sécurité économique. Si les Américains contrôlent le tuyau, est-ce qu’à un moment donné, ils pourraient le fermer? C’est peu probable, mais le risque ne peut être négligé.

Une citation de Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa

L’installation d’une liaison sous-marine par fibre optique entre le Canada et l’Europe pourrait coûter jusqu’à 200 millions de dollars, sans compter le coût des infrastructures terrestres de chaque côté de l’Atlantique.

Ottawa en mode exploratoire

Au bureau du ministre fédéral de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, on se montre prudent sur l’avenir du projet.

À ce stade, aucune décision définitive n’a été prise. Nous ne sommes donc pas en mesure de commenter des projets, des échéanciers ou des coûts précis, ni de confirmer une éventuelle annonce, a tenu à préciser le cabinet du ministre.

Soulignant que le Canada échange régulièrement avec ses partenaires européens en matière d’infrastructures de communications, on ajoute qu’Ottawa travaille à diversifier les routes de communication et à améliorer la connectivité entre partenaires de confiance. Ce qui comprend, nous dit-on, des échanges exploratoires sur de possibles infrastructures reliant directement le Canada et l’Europe.

Un signal à Donald Trump

Durant sa visite en Europe, Mark Carney sera l’invité d’honneur au moment du discours sur l’état de l’Union européenne, mercredi. Il prononcera aussi un discours, jeudi, devant le Parlement européen. Il compte également faire un saut en Grande-Bretagne pour rencontrer le nouveau premier ministre britannique, Andy Burnham.

Ça envoie un signal très fort aux Américains qu’on ne va pas plier l’échine, qu’on va trouver d’autres alliés avec qui collaborer, estime le professeur Patrick Leblond.

Et si le Canada s’intéresse à l’UE, le contraire est aussi vrai.

On s’apprête à franchir de grands pas ensemble, lance l’ambassadrice de l’UE à Ottawa.

En entrevue avec Radio-Canada, Geneviève Tuts n’utilise pas le terme membre associé et évite de parler d’une alliance contractuelle contraignante.

L’Europe veut un partenariat plus officiel avec le Canada, une relation plus étroite et plus intégrée, afin de réduire nos dépendances à l’égard d’autres partenaires, dit-elle.

La forme de ce nouveau partenariat reste à définir, ajoute-t-elle. Ce nouveau type de partenariat, quel que soit son nom, sera décidé ensemble par les 27 membres du Parlement européen et par celui du Canada.

L’ambassadrice évoque un renforcement et une réimagination de la relation historique et fait miroiter un accès au marché européen de 450 millions de consommateurs. Mais elle avoue, du même souffle, que l’Europe aussi y trouverait son compte.

C’est vrai, il y a des richesses énormes ici au Canada, donc ça fait partie des discussions, bien sûr.

Une citation de Geneviève Tuts, ambassadrice de l’UE au Canada

L’Europe cherche notamment à réduire sa dépendance au gaz russe et aux minéraux critiques chinois, et estime qu’une relation plus étroite avec le Canada fait partie de la solution.

Il parle dans un micro en gesticulant.

Stéphane Dion rappelle que le protectionnisme américain existera encore après la fin de l’administration actuelle de Donald Trump. (Photo d’archives)

Aller au-delà de Trump

Mais attention, lance l’ex-ambassadeur canadien Stéphane Dion. Le Canada ne doit pas se rapprocher temporairement de l’Europe par seul dépit d’une relation déclinante avec les États-Unis de Donald Trump.

Quand, dans deux ans, il n’y aura plus de menaces d’annexion, ni d’insultes ou de surenchère tarifaire, on aura encore des problèmes avec les États-Unis. Ils auront encore du protectionnisme.

Une citation de Stéphane Dion, ex-ambassadeur du Canada à l’UE

L’enjeu le plus important, c’est qu’on construise cette relation sur le long terme, au-delà des années Trump, insiste le diplomate en résidence à l’Université Laval.

La collaboration plus approfondie entre le Canada et l’Union européenne sera discutée plus en détail au Sommet Canada-Europe, les 29 et 30 octobre, à Montréal.

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