Ce patron de PME économisera 2,5 M$ par année… grâce aux tarifs de Trump

Ce patron de PME a transformé la guerre commerciale de Trump en occasion d’affaires : il économisera 2,5 M$ tout en faisant le plein de clients américains.

« On n’a plus de frais de douane, ni de transport à payer aux États-Unis, sourit Dominique Plouffe, président de Service Marine Canada (SMC). On ramasse nos pièces d’acier inoxydable directement en Ontario, et on ramène cela chez nous ».

Mardi dernier, Ottawa a riposté aux tarifs du président américain Donald Trump avec ses propres contre-tarifs, faisant grimper d’un cran la guerre commerciale.

Or, dans l’adversité, des entrepreneurs d’ici réussissent à tourner la situation à leur avantage.

Fin août, Le Journal racontait comment Tubes Caron, un fabricant québécois de tuyaux, a évité des contre-tarifs coûteux en s’approvisionnant ici plutôt que chez nos voisins du sud.

« On a même réussi à avoir une réduction des coûts, car c’est plus près que les États-Unis. Ça a été un win-win », avait partagé sa dirigeante, Michèle Caron.

Michèle Caron, directrice générale de Tubes Caron. Elle s’inquiète des tarifs de 25% sur les voitures imposés par Trump, car elle fabrique des tuyaux d’échappement. On la voit à son usine de Lanoraie.

Michèle Caron, directrice générale de Tubes Caron. Elle s’inquiète des tarifs de 25% sur les voitures imposés par Trump, car elle fabrique des tuyaux d’échappement. On la voit à son usine de Lanoraie.  
Plus compétitifs que jamais

À une centaine de kilomètres de Lanoraie, à Saint-Jean-sur-Richelieu, SMC a également réussi à tourner la crise à son avantage.

Cette PME d’une douzaine d’employés conçoit et répare des systèmes de propulsion de bateaux remorqueurs, de brise-glace et de traversiers.

Ces dernières années, elle importait certaines pièces d’acier inoxydable des États-Unis. Mais avec la tempête des droits de douane, son grand patron, Dominique Plouffe, a dû bouger vite pour éviter de faire les frais de la guerre. 

Il a donc voulu aller s’approvisionner directement sur le Vieux Continent, mais cela n’a pas été si simple.

« Au début, on était inquiet, car on voulait acheter directement d’Europe, mais on nous a dit non. Quand Trump a mis les taxes sur les produits européens, notre fournisseur a accepté de nous vendre directement les produits d’acier inoxydable », explique Dominique Plouffe.

Grâce à cette décision, SMC économisera 2,5 M$ par année. Environ 300 000 $ proviendront de la baisse des frais de transport et des droits de douane, tandis que le reste des économies découleront de meilleurs prix obtenus par un accès direct à son fournisseur européen.

Cerise sur le sundae

Et pour cette PME de la Montérégie, les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas là.

SMC profite d’un autre avantage de taille : ses coûts sont 35 % inférieurs à ceux de ses concurrents américains, pénalisés par les droits de douane de Trump sur les produits européens.

Sans surprise, de nouveaux clients américains sont maintenant séduits par ses bas prix … et le téléphone ne dérougit pas.

« On vend aux États-Unis comme jamais auparavant », lance le dirigeant de SMC.

Des occasions tellement alléchantes que des entreprises du Mexique, de la Colombie et de l’Équateur viennent de l’approcher pour obtenir ses services.

Dominique Plouffe, président de Service Marine Canada (SMC), a trouvé de nouvelles occasions grâce à la guerre commerciale actuelle.

Dominique Plouffe, président de Service Marine Canada (SMC), a trouvé de nouvelles occasions grâce à la guerre commerciale actuelle.  

Des occasions d’affaires « malgré la tempête »

Les contre-tarifs du premier ministre Mark Carney vont pousser certaines PME à se trouver des fournisseurs locaux, ce qui pourrait leur rapporter gros.

« Malgré la tempête, il y a là une occasion de renforcer les assises d’une moins grande dépendance aux États-Unis et d’une résilience économique accrue », concluait Florence Jean-Jacobs, économiste principale chez Desjardins, dans une note publiée mardi dernier.

« La capacité à trouver rapidement des fournisseurs de remplacement sera déterminante pour limiter les dommages des contre-tarifs canadiens », indiquait-elle.

En pleine guerre tarifaire, nos PME ont du pain sur la planche. Ottawa promet de les aider si elles en payent le prix, mais, dans les faits, c’est tout sauf facile.

Au Journal, Véronique Proulx, PDG de la Fédération des Chambres de Commerce du Québec, ne minimise en rien l’impact de cette escalade tarifaire, mais elle pense aussi que certaines de nos entreprises réussiront à tirer leur épingle du jeu.

« Il faut trouver des fournisseurs qui ont des produits à tarifs avantageux avec moins de délais de transport », observe-t-elle.

« C’est aussi une opportunité pour nos fournisseurs locaux qui pourraient développer de nouveaux marchés », ajoute celle qui a auparavant dirigé Manufacturiers et Exportateurs du Québec.

Véronique Proulx, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec

Véronique Proulx, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec POTO D’ARCHIVES, AGENCE QMI

D’après elle, le nouveau gouvernement élu le mois prochain devra tabler sur une politique industrielle forte.

Ce sont nos PME qui en ont grandement besoin.

« Cela permettra d’identifier ces secteurs-là, ces créneaux-là où on a la capacité de se développer », conclut-elle.

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